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Rêves...Errances d'An'Maï

Rêves...Errances d'An'Maï

Mes cris, mes écrits, mes mots émotions, mes regards émerveillés, mon imaginaire, tout mon univers...

Nouvelle rencontre

photo du net

photo du net

 

Je l’ai revue ! J’ai revu la vieille dame à la démarche claudicante.

« Je dandine comme un canard quand mon maudit nerf sciatique fait des siennes ! »

Je me souviens ! C’est exactement ce qu’elle m’a dit lors de notre dernière rencontre il y a…. plus de 10 ans si mes souvenirs ne me trompent pas !

Elle semble avoir beaucoup vieilli, pourtant, elle a le même âge qu’alors, si j’en crois les personnes qui marchent dans son sillage. Une gamine blondinette , d’à peine 8 ans au regard bleu gris, une adolescente dégingandée avec ces mêmes yeux bleu-gris pleins de questions sans réponse, une jeune maman, prunelles bleu-gris elle aussi, et son joli bébé au fin duvet roux…Et puis, en retrait, presque effacée, cette femme d’âge mûr qui hésitait à s’approcher. Moi. Il y a dix ans !

Je l’ai revue et je n’en croyais pas mes yeux. Elle non plus.

Lorsque nos regards du même bleu gris que ceux des autres protagonistes, se sont croisés, j’ai lu dans les siens un étonnement aussi grand que le mien ! Nous n’étions plus censées nous revoir après cette dernière visite dans sa modeste demeure. Ce fameux jour où elle m’avait donnée la boîte de vieilles photos qui racontaient sa vie…notre vie. Je l’ai encore ! Elle est bien rangée sur la plus haute étagère de l’armoire de notre chambre, sous une pile de housses de couette. Il y a des années que je ne l’ai pas ouverte. Nous sommes depuis pas mal de temps à l’ère du numérique alors les vieux clichés papiers….

Non, selon notre accord tacite nous ne devions plus nous rencontrer ! Et voilà que nos chemins se croisaient de nouveau !

Elle a terriblement changé. Son dos s’est voûté, ses cheveux autrefois épais, sont plus clairsemés et pas aussi joliment coiffés qu’alors. Elle boite bien plus bas qu’il y a dix ans. Pour dire la vérité, on pourrait croire qu’elle se néglige ! Mais le pire, c’est ce que j’ai lu, ou cru lire derrière les lunettes qu’elle a pris le parti de remettre, alors que selon ses propres dires , elle avait choisi de s’en passer « je préfère et de beaucoup, voir le monde un peu embrumé. Ainsi, il me paraît plus beau. Ou moins laid si vous préférez ! » M’avait-elle avoué.

Oui, ce que j’ai lu, c’est de la tristesse, du chagrin même et surtout, surtout, une espèce de reproche muet que je ne m’expliquais pas.

C’était tellement fort que j’ai failli reculer ! Je voulais à tout prix éviter ce que je pressentais être l’ultime « confrontation » entre mon vieil alter ego et moi. J’avais presque aussi peur d’elle que la première fois où je l'avais rencontrée. S’il n’y avait eu qu’elle ! Mais les autres-moi-même dardaient sur celle que je suis devenue, leurs yeux brûlant de réprobation ! Cela n’aurait pas été plus humiliant si elles m’avaient pointé d’un doigt accusateur devant une armada de juges !

C’est donc la vieille dame qui s’est avancée vers moi de son pas plus bancal que jamais, tandis que la jeune mère la soutenait et que la fillette timide et l’adolescente complexée, l’encadraient, membres farouches de sa garde rapprochée. L’autre femme elle-celle que j’étais 10 ans auparavant-, avait purement et simplement disparu ! C’était comme si elle n’avait jamais été là. Son absence annihilait d’un seul coup ma précédente rencontre avec la vieille dame ! Sans même comprendre comment c’était possible, j’ai su instantanément que si je rentrais chez moi, je ne retrouverais pas trace de la boîte aux photos !parvenue à ma hauteur, ce moi-même du futur, m’a parlé. Je n’avais connu d’elle que tonus et joie de vivre et elle s’est adressée à moi d’une voix triste et chevrotante.

Ce qu’elle m’a dit, je l’entendrais jusqu’à la fin de mes jours je crois. Je devrais dire de nos jours. Son ton était plus suppliant que réprobateur :

« Prends soin de toi, je t’en supplie, prends soin de toi »

Juste ces mots, qui résonnaient, funèbres !

Puis elle a fait demi-tour et, flanquée de ces ombres de moi-même jaillies de mon propre passé,  elle s’en est allée sans se retourner.

Sidérée, je suis restée là, debout, jusqu’à ce que leurs silhouettes confondues, se perdent dans la brume impalpable du temps.

« Prends soin de toi…. »

Tout le long du chemin qui me ramenait à la maison, j’ai ruminé cette étrange mise en garde.

Lorsque je suis rentrée, mon mari a tout de suite remarqué mon état de stupeur. Pour lui expliquer, j’ai invoqué un gros coup de fatigue. Comment aurais-je pu lui parler de la vieille dame. Je ne l’avais déjà pas fait la première fois. Et si j’étais allée chez elle, elle n’était jamais venue chez nous. Enfin, c’est un point de vue étrange, j’en conviens, puisque elle, c’est moi, donc chez elle c’est chez moi !

« Prends soin de toi… » Pourquoi ce conseil donné d’un ton tellement triste et désenchanté ?

J’ai profité d’un instant de solitude pour monter dans notre chambre. Debout face au miroir qui orne la porte de la grande armoire, où, sans que j’aie besoin de le vérifier, je sais que la boite à photos à disparu, je me suis examinée avec soin, pour la première fois depuis trop longtemps.

Alors j’ai compris

La femme qui me regardait, terrible constat, c’était celle que j’avais rencontrée une fois de plus, celle que j’allais devenir si je ne prenais pas soin de moi.

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Thaddée 21/02/2017 10:35

Récit prenant ... Brrr ... Tu sais il m'est arrivé ce même genre d'histoire. Il y a très longtemps, à force de me fixer dans le miroir, j'ai vu ce que j'allais devenir. Effrayant !