Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Rêves...Errances d'An'Maï

Rêves...Errances d'An'Maï

Mes cris, mes écrits, mes mots émotions, mes regards émerveillés, mon imaginaire, tout mon univers...

Un roman né d'un rêve

Un roman né d'un rêve

Ceux qui me suivent depuis longtemps, tout comme ceux qui me suivent encore de loin en loin, se demandent peut-être où j'en suis de ce livre commencé il y a pas mal de temps déjà !

Je leur répondrai que chaque fois que j'arrive au terme d'une histoire,j'ai un mal fou à la terminer, parce que comme d'habitude, je peine à quitter les personnages auxquels j'ai donné la vie à travers de nombreuses pages.

Comment mettre le mot fin au "Rêves d'Élisa ? Bien que je ne sois plus très loin du bout du long chemin, je ne sais pas encore tout à fait.

Tout ce que je peux affirmer, c'est que j'ai pas mal évolué par rapport à mon idée première et que probablement, ce final sera une surprise pour moi aussi

En effet, comment écrire la fin d'un roman né d'un rêve ? 

 

 Car oui,tout vient d'un rêve que j'ai réellement fait : celui d'une petite fille de la nuit des temps.

Au-delà de ce songe certes très particulier -mais je suis coutumière des aventures oniriques bizarres- ce qui fut le plus troublant et le plus déstabilisant,  c'est l'état de confusion qui  suivit mon réveil ! Je ne savais plus  où était le rêve, où la réalité. Pendant une minute, peut-être moins, je suis restée dans la peau (au sens littéral du terme) de la gamine perdue du fond des âges qui craint de ne jamais revoir l'astre du jour ! Et durant ce bref instant qui précède le retour à la réalité, je me suis demandé où j'étais, qui j’étais ! J'avais encore dans les narines les odeurs acres et fortes de la caverne, la sensation de froid et d'humidité, l'odeur du feu de bois et la terreur enfantine de la nuit, synonyme de mort !

 C'est à la suite de cela, que j'ai d'abord  très rapidement couché mon rêve sur le papier  pour ne pas l'oublier, puis que j'ai commencé à broder dessus en mettant instinctivement ce titre "Les rêves d'Élisa". Après quoi, j'ai entrepris de fabriquer tout une histoire à partir de ce rêve étrange ô combien !

J'avais déjà eu cette sensation perturbante au réveil avec cet autre rêve où j'étais  dans la peau d'un petit garçon de 8 ans à peine auquel sa grand-mère racontait une histoire qu'il ne voulait pas entendre parce que c'était la sienne. Elle lui disait: "Nous sommes les Duals mon petit. Et nous nous appelons ainsi parce que nous avons une double personnalité. Nous sommes pour moitié violent jusqu'au sang, pour moitié doux comme des agneaux.  Mais toi, tu n'es pas comme nous"

 

Là aussi, je me suis empressée de retracer ce rêve, puis j'ai commencé à bâtir une histoire autour de lui, il y a de cela presque 13 ans mais le souvenir de ce rêve demeure très vif en moi ! Tout comme les premières lignes de cette ébauche de roman écrites dans la foulée juste après !

Je le finirai peut-être un jour ! Chi lo sa ?

 

En attendant, pour en revenir à mon roman, je remets en ligne un extrait du premier rêve d'Élisa, transcription de mon propre rêve, remaniée pour les besoins du récit.

 

 

 … Recroquevillée sur la couche d’herbe sèche et en dépit de l’épaisse fourrure d’auroch qui la recouvre, la fillette grelotte mais c’est de peur plus que de froid. Quoique la caverne reste fraîche même en cette saison douce.

            Elle tremble parce qu’elle a peur de la nuit. Une peur terrible, irraisonnée comme celle que ressentaient les anciens au temps où la glace régnait sur le monde. Mais même s’il y a bien longtemps maintenant que le cycle des saisons alternant les périodes froides avec celles plus douces de la floraison et des fruits, a remplacé le froid éternel, cette peur de la nuit subsiste chez les membres du clan, du plus petit au plus âgé. Dès que le soleil s’éteint en tombant derrière les  collines, c’est la même crainte chaque fois : et s’il n’allait jamais se rallumer, ni réapparaître ? Si l’obscurité  allait durer toujours ?

            La nuit, c’est un monstre noir qui vous dévore les entrailles. C’est la présence  là, dehors, des bêtes assoiffées de sang qui rôdent à la recherche d’une proie. La nuit, c’est le feu qu’il faut veiller car s’il s’éteint, cela peut signifier la mort du clan.

            La nuit, c’est l’angoisse de la fin du monde, chaque fois ! Alors, comme beaucoup et pas seulement les petits, Ehi Sha tremble de peur, blottie entre Sha Rah sa mère et Mah Rah la guérisseuse qui elle, semble n’avoir peur de rien, jamais ! Elle  a eu un enfant, un fils mort très jeune, dévoré par une bête sauvage alors qu’il s’était éloigné de la grotte. Après quoi sans qu’on sache pourquoi, elle n’a plus jamais enfanté. Son compagnon aurait pu l’abandonner pour une femme féconde mais il a choisi de rester auprès d’elle et de continuer à lui rapporter du gibier. Lui aussi est parti pour une longue période de chasse avec les hommes valides du clan.

            Dans le groupe des chasseurs d’aurochs, de rennes ou de bisons, il y a aussi Pahr Anh, le dernier frère d’Ehi Sha, de huit  cycles de vie son aîné. Son père et ses deux autres frères sont morts il  y a  deux cycles de cela,  pendant l’une de ces expéditions si périlleuses loin de la grotte, tués et dévorés par une de ces énormes  bêtes aux longs crocs pointus et aux griffes meurtrières que même les plus braves craignent car c’est de loin le plus féroce des prédateurs  pour ceux  qui marchent debout : l’ours ! Cette bête cruelle peut, d’un seul coup de ses pattes puissantes, briser l’échine du plus gros des aurochs. Alors un humain! 

            Fait rarissime et considéré comme une bénédiction des dieux, Pah Hoh, l’un des frères était le jumeau de Pahr Anh. C’était leur première grande chasse. Mah Huh L’aîné avait deux cycles de plus et participait à la saison de chasse pour la troisième fois.

            Pour sa mère, cela a été  un coup très rude de perdre en une seule fois son compagnon et deux de ses fils, lesquels avec Pahr Anh rapportaient beaucoup de gibier au clan. Les habitants de la grotte l’ont regardée longtemps de travers après cela, jusqu’à ce que Pahr Anh surmonte sa peine et comprenne qu’il devait à lui seul égaler les trois disparus en ramenant autant de viande qu’eux quatre réunis. 

            Plus encore qu’un motif de fierté, le nombre d’enfants mâles est un atout pour le clan et Sha Rah a déjà perdu deux garçons, morts à la naissance. Honte pour elle ! Puis  elle a accouché d’une fille si frêle qu’elle n’a pas survécu plus de trois jours au froid mordant d’un hiver particulièrement glacial mais de cela, nul ne lui en a voulu. Ensuite est née Ehi Sha au début d’une belle saison de fruits. Une fille braillarde mais si vigoureuse ! Et voilà que  trois cycles plus tard, de nouveau enceinte alors que déjà trop âgée pour cela elle pensait ne plus jamais pouvoir enfanter, la mort lui enlève trois hommes ! Comble de honte autant que de malchance elle a perdu ce dernier enfant, un  garçon, en le mettant au monde pendant que son compagnon et ses fils se faisaient tuer loin de la caverne. Un autre mâle mort-né, et une fois de plus l’opprobre et l’humiliation se sont abattus sur la malheureuse Sha Rah. Depuis, elle est malade. Et aucun homme sans compagne n’en voudrait une incapable d’enfanter et malade de surcroît !

            Ses forces se sont mises à décliner après cet accouchement long et douloureux d’un petit être malingre  et mal formé. Elle a  beaucoup saigné. La fièvre l’a prise et a duré tout l’hiver puis tout le printemps. L’été venu, elle a semblé aller mieux mais elle était très faible et ne cessait de tousser. Jamais elle n’a repris cet allant qu’Ehi Sha lui connaissait avant cette cruelle épreuve. Elle tousse toujours et respire très mal. Mah Rah la soigne et dit qu’elle va se remettre mais Ehi Sha sait que la vie peut s’éteindre encore plus vite que les flammes que veille  jalousement Oumh Rah, la gardienne du feu.

            La fillette guette le souffle rauque et pénible de sa mère. N’est-ce pas le plus souvent la nuit que la mort, aussi affamée que les bêtes qui rôdent  dehors, vient prendre entre ses griffes noires, les malades, les vieillards et les nourrissons ?  Combien  de faibles et de sans défense la terrible prédatrice a-t-elle ainsi emportés tandis que les autres dormaient, inconscients ?

            Elle, elle est forte et robuste, en dépit de son jeune âge. Comme Pahr Anh ! Elle a déjà survécu sept cycles  à la maladie, à la faim, aux rigueurs des grands froids ainsi qu’à tous les autres dangers qui  guettent ceux du clan : les bêtes sauvages, les tremblements de terre, le feu du ciel, les crues du fleuve… Elle a résisté aux coups aussi. Ceux de sa mère lorsqu’elle avait encore la force de la frapper pour lui apprendre à  obéir. Ceux des autres enfants plus grands et plus forts qu’elle pour une poignée de baies, un morceau de viande ou une place au chaud près du feu ! Aujourd’hui, Sha Rah est incapable de la protéger alors c’est Mah Rah qui le fait à sa place.

            Elle l’a prise sous son aile et lui apprend tout ce qu’elle est capable de retenir : comment cuire la viande sur les braises par exemple mais aussi comment confectionner vêtements, couvertures ou sacs en peau à l’aide d’aiguilles en os. Elle lui apprend la poterie, les herbes qui soulagent la douleur, celles qui guérissent les plaies, les petits cailloux troués et colorés que l’on trouve dans le lit de la rivière. Mélangés à de petits os ou à des griffes, et enfilés sur de fines cordelettes en longs poils de bisons entrelacés, ils font de jolies parures que l’on se met autour du cou, des poignets ou dans les cheveux. Elle lui apprend les baies, les fruits, les racines que l’ont peut manger, les plantes qui rendent malade ou qui tuent. Seul l’art de capturer à mains nues ou à l’aide d’un harpon, les habitants de la rivière aux écailles luisantes, lui a été enseigné par son frère. Comment en rendre la chair si savoureuse en la faisant griller dans les flammes, c’est encore Mah Rah qui le lui a montré. Toujours affamé, Pahr Anh lui, n’a pas la patience d’attendre et il les mange crus,  sur place !

            C’est parce qu’elle a atteint un grand âge - elle dit avoir déjà vécu quarante cycles- que Mah Rah sait tant de choses et qu’elle est aussi respectée des autres femmes du clan, jeunes et moins jeunes. Les femmes de son âge - elles ne sont pas nombreuses - n’en savent pas forcément autant qu’elle. La guérisseuse dit que pour apprendre, il faut avoir le temps mais surtout l’envie. Elle dit qu’Ehi Sha a tout le temps qu’il faut et beaucoup d’envie malgré son jeune âge. C’est pourquoi elle l’a choisie pour lui transmettre son savoir. Elle dit que si la mort ne vient pas trop tôt la prendre, la petite fille deviendra une femme aussi sage et respectée qu’elle-même. Pour Ehi Sha, Mah Rah, c’est comme une deuxième mère. Elle espère lui ressembler un jour. Elle espère aussi qu’elle trouvera un compagnon aussi fort  et malin que Pahr Anh. Ils auront des petits solides, résistants, qui ne mourront ni de maladie, de froid ou de faim, ni dévorés par les ours comme son père et ses autres frères. Des garçons pour la chasse, des filles pour faire des enfants et apprendre d’elle tout ce que Mah Rah lui aura enseigné. Et le clan redeviendra  ce qu’il était avant que toutes ces calamités ne le déciment.

            Mah Rah lui a dit que chaque membre de la  tribu de la caverne a son importance. Ainsi, pendant l’absence des chasseurs, les hommes les plus vieux ou les moins valides se chargent de la protection  du clan et s’affairent aussi à d’autres tâches utiles en taillant  les pierres pour en faire des armes et des outils. Les femmes les plus âgées, elles, raclent les peaux pour en faire des couvertures ou des vêtements pour la saison froide ainsi que des sacs souples pour récolter les fruits. Elles fabriquent aussi les petits outils en os : harpons pour la pêche, aiguilles si utiles pour rassembler les peaux entre elles. Elles travaillent la glaise avec de l’eau. La pâte humide devient entre leurs mains habiles des  jattes de toutes tailles que l’on  fait durcir dans le feu. Dedans on peut ramener de l’eau ou les remplir de ces délicieuses baies qui foisonnent dans les buissons en ce moment… Les jeunes mères s’occupent des nourrissons et des petits en bas âge. Elles refont les réserves d’herbe  pour les couches  et de bois sec pour le feu. Elles changent les litières que les petits ont souillées de leur urine et de leurs excréments. Il ya bien assez de la fumée, de la sueur et de l’odeur forte des peaux de bête pour rendre l’air de la caverne presque irrespirable sans  leur ajouter la puanteur des déjections !

            Beaucoup de ces choses, c’est  sa deuxième mère qui les leur a apprises. Quant aux enfants, dès qu’ils sont en âge de le faire, ils s’occupent à trouver la nourriture complémentaire : cueillette des baies et des fruits, recherche des plantes et des racines comestibles pour les filles ; chasse du petit gibier et pêche pour les garçons. Elle est déjà assez grande pour  accomplir sa part des tâches confiées aux  rejetons du clan et elle en est très fière.

            Couchée entre ses deux mères, Ehi Sha se détend un peu en repensant à tout ce qu’elle a appris aujourd’hui. Alors, en dépit de ses craintes, elle sent le sommeil la gagner. Près d’elle, sa mère respire mieux et Mah Rah ronfle si fort que c’en est rassurant. Elle n’est pas la seule. Il y a aussi ceux qui parlent en rêvant, ceux qui se tournent et se retournent en grognant sur leur couche parce qu’ils ne peuvent dormir à cause de ceux qui s'accouplent bruyamment. Il y a Ouhm Rah qui psalmodie en veillant le feu. Il y a les nourrissons qui geignent contre leur mère…Tous ces bruits autour d’elle, c’est la vie !

            Avant de fermer les yeux, elle regarde les parois sombres de la caverne faiblement éclairées par les braises rougeoyantes du foyer dans lequel la vieille Ouhm Rah remet du bois de temps à autre. Les dessins qui l’ornent sont si beaux ! Ils racontent les chasses qui ont vu périr tant d’hommes vaillants, jeunes et moins jeunes. Elle reconnaît le renne, le cheval, le bison ou l’auroch. Il y a d’autres animaux dont elle ne sait pas le nom. Il y a aussi des traces de mains. Beaucoup sont celles des chasseurs. Combien de ces empreintes sont celles de disparus ? Dans un petit coin connu d’elle seule, il y a les siennes. En voyant faire les grands, elle aussi a voulu laisser une trace pour se souvenir de l’avènement de son septième cycle.

            Nées du reflet des flammes, des ombres mouvantes dansent sur les sombres rochers redonnant la vie à ces animaux tués et mangés depuis longtemps. Ehi Sha s’endort enfin.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Fram 01/07/2015 02:13

Je viens de faire une petite lecture de ton roman, il me plaît beaucoup, comme le reste d'ailleurs, chez toi rien est à jeter (rire)
Amitié à toi et merci de toutes ces lignes d'écriture qui me laisse à chaque fois dans un monde extraordinaire: